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Juin 03

Un regard sur le philanthropique des grands capitaux

Depuis le 19ème siècle l’économie sociale se bat pour apporter sa contribution en faveur d’une démocratie économique et d’une justice sociale appropriée. Historiquement, il a été confirmé que la révolution industrielle en 1850 a été le berceau qui a fait naître le duel entre l’économie solidaire dont la préoccupation principale est l’Homme avant tout et une autre économie capitaliste (économie de marché) avec intérêt sans limite au gain et au capital.

Ce duel a eu une certaine évolution ayant connu des hauts et des bas. Il s’exprime, dans plusieurs situations, à travers des conflits dramatiques et sanglants dans beaucoup de régions dans le mode.

Cette économie plurielle a souvent fait appel à des conditions particulières permettant à ses viscères de coexister dans une ambiance et un rituel arrangés. L’équilibre des négociations a toujours fait l’objet de séduction et de négociation entre les humanistes et les capitalistes libéraux.

Le nouvel Ordre Mondial

Après la guerre froide, l’ordre mondial a connu des mutations d’ouverture des marchés et de l’abolition des frontières pour permettre aux capitaux de circuler librement et de saisir toutes les opportunités de fructification. Selon ce nouvel ordre mondial, la préoccupation du sociale est complètement mise à l’écart car sa considération est jugée non rentable et elle ne constitue que des fonds perdus. Dans le plan des affaires des capitalistes, l’être humain est considéré comme étant un simple consommateur, et il fait partie également des intrants dans la chaine de production. Ces deux fonctions de servitude, écartent toutes les valeurs intrinsèques de la vie humaine. Ceci a conduit l’humanité à des catastrophes économiques et sociétales notamment dans les pays qui ont étaient injustement exploités soit pour leurs richesses ou pour leur positionnement géopolitique.

Le combat entre l’économie sociale et l’économie du capital a été tout le temps dans la recherche permanente des nouvelles tactiques pour gagner le match et pour en faire une place dominante dans les choix des politiques des pays. Cette négociation est restée dans beaucoup de pays sous l’œil régulatrice et compensatrice de l’Etat en faisant intervenir l’économie publique pour récupérer partiellement les questions de l’exclusion et de la précarité.

Les grandes firmes des capitaux ont tendance d’aller vers les moyens les plus efficaces pour diluer les critiques des populations exclues et pour mieux les séduire. Pour ce faire, Elles ont adopté une posture philanthropique à travers des actions d’utilité sociale ;soit d’une manière conjoncturelle ou permanente. Il s’agit, réellement, de l’art de la fausse générosité.

La face cachée des Fondations

A cet effet, les statuts des Fondations sont devenus très prisés et recherchés par les différentes multinationales pour rendre légitime leur choix stratégique et redorer le blason de leur image. Leur venue, en tant exploitant, est souvent contestée par la population nationale notamment locale.

Dans ce contexte, il est souvent constaté qu’il y a une grande difficulté de distinguer les affaires mercantilistes des actions de bienfaisance et de charité. Cette confusion a amené un certain nombre d’observateur d’ouvrir le débat sur cette question notamment pendant la pandémie actuelle. Le conflit d’intérêt dans le traitement de cette crise sanitaire est l’exemple éloquent pour rendre visible les soubassements de ce sujet et les sous-entendus des intentions cachées. L’affaire des choix thérapeutiques de la lutte contre le virus COVID 19 illustre bien cette situation.On note la présence de deux clans, ceux qui privilégient l’option du vaccin et d’autres préfèrent l’Hydrox chloroquine pour guérir les malades.

La Fondation BILL & MELINDA GATES, semble se ranger dans le premier clan avec la complicité de plusieurs collèges scientifiques et de firmes pharmaceutiques et la raison est simple ; il s’agit du gain et des affaires financières que peut drainer ce choix. Ce débat va faire couler beaucoup d’encre et va lever le rideau sur un certain nombre de réalités concernant les rouages des affaires d’argent et leur relation avec la générosité telle qu’elle est affichée par les grands philanthropes de ce mondial.

D’autres phénomènes ont été relevés dans l’usage abusif du statut des Fondations. Il s’agit des comptes de transit que plusieurs firmes créent à travers ce statut pour faciliter le décaissement et s’éloigner du contrôle interne de l’entreprise.

Il est à rappeler que le statut de la fondation est bâti sur des valeurs et des principes d’une grande noblesse, lui conférant ainsi une grande crédibilité aux yeux de la communauté internationale. La Fondation, en tant qu’une organisation, constitue un pan important des alternatives et des outils de l’économie sociale. Elle est reconnue par son caractère non lucratif. Elle agit sans discrimination en faveur des actions d’utilité sociale et humanitaire sans contrepartie. Sa création obéie à des règles universelles où son fondateur, de son vivant, l’organise lui-même et se dépouille de son vivant des biens à sa faveur. Sa gouvernance diffère du statut associatif où l’assemblée générale est l’instance suprême de décision.

La fondation quant à elle ; elle reste liée à son fondateur qui supervise son évolution et lui apporte les moyens dont elle a besoin. La question de la gouvernance participative permettant à chacun de participer à la décision conformément au principe « une personne une voix» ne s’applique pas automatiquement à la fondation, sauf si le fondateur le veut ainsi. Certains experts en la matière placent le profil managérial de la Fondation comme étant un protocole plus proche de l’entreprise sociale que celui des associations.

La question du mercantilisme et sa compatibilité avec le statut de la FONDATION constitue aujourd’hui un espace de débat et de questionnement sur les agissements et les ramifications financières de certaines multinationales au niveau mondial. Lesdites ramifications nourrissent, parfois, directement ou indirectement les magouilles de l’économie du marché libéral.

L’après COVID-19

Par ailleurs, il a été constaté que les zones minières du continent Africain, ont été toujours la scène de blanchiment des exploitations injustes des richesses naturelles. Les acteurs principaux sont les multinationales. Leurs actions philanthropiques au profit des populations autochtones et riveraines des gisements investis ont une nature de diversion et de distraction sociétale de masse (distributions des aides et des vivres, équipement des terrains de sport de proximité et des lieux de prière etc..). Tout cela est pour satisfaire la demande politique locale commanditée  souvent par le responsable du territoire concerné par concession.

Dans ce tableau clinique, on relève dans plusieurs cas de figure que l’acte, soi-disant humanitaire financés par les exploitants ne revêt qu’un caractère cosmétiques infligeant ainsi au territoire la paresse et la dépendance à la place d’un développement inclusif et durable. Cette emprise trouve ses complices locaux contredire les bonnes initiatives locales et pour maintenir sous perfusion les acteurs potentiels du changement tel qu’il est souhaité par la population locale.

Le monde post confinement sanitaire va se réveiller avec de l’espoir pour retrouver la vie quotidienne dans des meilleures conditions. Les leçons tirées de la pandémie COVID 19 vont trouver une certaine prédisposition chez les faiseurs du développement pour aller vers des changements constructifs pour l’Humain et son environnement. La cohésion sociale et l’équité seraient probablement le substrat des politiques à venir.

Le système capitaliste, quant à lui, il aurait moins de chance de rester comme il était avant la crise sanitaire 2020. Des modifications de ses paradigmes seront au rendez-vous. On présage également un lifting forcé de la mondialisation et de la globalisation ; accompagné par des grands changements sociétaux. Cependant, les négociations des contrats d’affaires entre le Nord et le Sud, en général, seront désormais encadrées par une logique impérative gagnant-gagnant. Les multinationaux seront invités à trouver d’autres formes de séduction pour se maintenir devant un certain nombre de pays de l’ancienne colonisation, notamment ceux du continent Africain ; qui se réveille.

Par Abdeljalil Cherkaoui (expert en Économie Sociale et en Développement humain) pour Maghreb Canada Express, (Édition électronique) Vol. XVIII, N°06 , page 4, JUIN 2020.

Avis : Eu égard à la conjoncture spéciale relative à la COVID-19, Maghreb Canada Express sursoit temporairement à l’Édition Papier du journal.

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