France : L’extrême droite prend une claque aux élections

Sous une pluie battante, je suis sorti ce 27 juin, voter pour le deuxième tour des élections régionales et départementales.

Le RN, le parti de l’extrême droite de Marine Le Pen est favori dans les sondages, je croise beaucoup de personnes d’un certain âge, aucun jeune en vue. Ils ont autre chose à faire que d’aller voter. Ils sont déçus des politiciens et de la politique. Ils ont tort, car, ne pas voter, c’est favoriser l’extrême droite, car ses électeurs se déplacent en masse pour aller voter.

Plus tard, dans la soirée, je suis agréablement surpris d’apprendre que le RN n’a gagné aucune région.

Comme l’a bien analysé le journaliste politique à la télévision, la défaite est cuisante pour le Rassemblement national (RN). La mauvaise dynamique du parti d’extrême droite au premier tour des départementales et des régionales s’est clairement confirmée au second, dimanche 27 juin, et fragilise Marine Le Pen, à la veille du 17e congrès du parti, les 3 et 4 juillet.

Dans sept régions, le RN n’augmente qu’insensiblement son score du premier tour – à l’exception de Laurent Jacobelli qui a gagné 5 points dans le Grand-Est, mais en raison du report quasi mécanique des 6,95 % des voix obtenues par Florian Philippot, le leader des Patriotes et ancien numéro deux du Front national.

La seule région dans laquelle le RN était arrivé en tête à l’issue du premier tour (36,38 % des suffrages le 20 juin), Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), a vu sa tête de liste Thierry Mariani (42,70 % dimanche) se faire battre sèchement par Renaud Muselier, candidat Les Républicains (LR), qui obtient 57,3 % des voix, alors que les deux hommes étaient encore donnés au coude-à-coude dans les sondages de l’entre-deux-tours.

Le RN et les présidentielles

Rapprochement programmatique entre RN et LR, « dédiabolisation » de l’ancien Front national, détestation d’ Emmanuel Macron : une étude de la Fondation Jean-Jaurès considère pour ces raisons comme « une possibilité non négligeable » la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle en 2022.

Pour que la dirigeante d’extrême droite soit élue, selon les auteurs de l’étude de ce centre de réflexion classé à gauche, il faudrait qu’une de ces conditions se réalise : « que l’électorat de droite modérée se reporte massivement sur elle, qu’elle soit suffisamment « dédiabolisée » pour pousser les électeurs des candidats éliminés du premier tour vers l’abstention, et qu’Emmanuel Macron soit devenu un repoussoir similaire à Marine Le Pen ».

Si les auteurs écartent l’hypothèse d’une « grande convergence des extrêmes » entre les électorats de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, en raison de positions « profondément différentes » sur les questions culturelles et économiques, ils constatent une « convergence programmatique indéniable » entre Les Républicains et le Rassemblement national.

La distance entre les sympathisants de LR et ceux du RN s’est ainsi « largement réduite » sur les questions liées à l’islam, mais aussi à l’autorité, comme sur le rétablissement de la peine de mort. Sur le plan économique toutefois, l’électorat LR s’avère « bien plus libéral » que l’électorat RN, même s’ils convergent sur l’idée qu’il existe trop d’assistanat en France.

Sur les enjeux culturels et l’immigration, la distance entre les deux électorats s’est resserrée depuis 2017 avec le siphonage d’une partie de l’électorat LR par Emmanuel Macron, qui laisse un électorat LR moins centriste et donc plus poreux avec le RN. La convergence programmatique ne se traduit donc « qu’imparfaitement » au niveau des électorats, qui se rapprochent sur les questions culturelles mais restent éloignés sur l’économie.

« Détestation » du président

Outre la porosité entre RN et LR, la stratégie de « dédiabolisation » des accusations d’antisémitisme et de racisme suivie par Marine Le Pen depuis son arrivée à la tête du parti en 2011 « semble porter ses fruits » dans les urnes et dans l’opinion des Français, bien que le mouvement RN pâtisse encore d’une image très négative.

En avril 2016, les Français étaient 11 points de plus qu’aujourd’hui à avoir une très mauvaise opinion de Marine Le Pen. Si le RN « persiste dans l’atténuation de son discours sur les questions européennes » – il ne veut plus sortir de l’euro depuis 2017 – sans se radicaliser à nouveau sur le plan identitaire, il pourrait connaître une nouvelle progression dans les urnes, selon les auteurs. Mais « la vraie force » de Marine Le Pen réside dans le niveau de « détestation » du président Emmanuel Macron, selon eux.

Risque d’une « abstention  importante »

Dans la perspective d’un match retour en 2022, ils jugent « non négligeable » la possibilité qu’une « part importante des électeurs de candidats battus au premier tour s’abstiennent, tant leur détestation de la candidate RN n’a d’égal que leur rejet de l’actuel président ». Au sein de l’électorat de droite, les sympathisants LR expriment davantage d’émotions négatives envers Emmanuel Macron que vis-à-vis de Marine Le Pen, notent les auteurs, qui rappellent que les émotions jouent un rôle considérable dans les comportements électoraux.

L’étude en conclut que si, à l’heure actuelle, les électorats LR et RN demeurent assez distincts, « le rapprochement qui s’est opéré sur les enjeux culturels laisse entrevoir des possibilités de transferts de voix au second tour ». Et le fait qu’Emmanuel Macron « suscite un rejet important » en dehors de son camp pourrait conduire à une « abstention importante en cas de duel face à Marine Le Pen ».

Par Mustapha Bouhaddar pour Maghreb Canada Express, Vol. XIX, N°07 , page 13 , Juillet 2021

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