France : L’affaire Jacques Bouthier

Jacques Bouthier était un petit courtier d’assurance qui a connu une ascension professionnelle fulgurante .

Il fonda Assurances 2000 au milieu des années 1970 et se définissait lui-même comme quelqu’un d’ambitieux et prétentieux.

Son succès lui a permis en tant que chef d’entreprise d’entrer au classement des 500 plus grosses fortunes de France, selon le magazine Challenge. Renommé Vilavi, le groupe revendique quelque 1800 collaborateurs et 163 millions d’euros de chiffre d’affaires.

L’abus de pouvoir

Il y a deux mois, une femme de 22 ans a déposé plainte contre Jacques Bouthier.

Aux policiers, elle a raconté qu’elle vivait depuis cinq ans dans un appartement parisien appartenant au PDG d’Assu 2000, en échange de relations sexuelles.

Celui-ci lui aurait demandé de lui trouver une remplaçante bien plus jeune qu’elle.

La jeune femme aurait alors pris contact avec une adolescente de 14 ans, vivant dans un squat.

Pour appuyer son récit, la jeune fille a remis aux enquêteurs une vidéo dans laquelle on voit Jacques Bouthier et la jeune fille dans un lit.

Après l’ouverture dans un premier temps d’une enquête préliminaire, un juge d’instruction a été désigné pour diriger les investigations.

L’information judiciaire a été ouverte pour « viols sur mineure de moins de 15 ans », « recours à la prostitution d’un mineur », « agression sexuelle d’un mineur de moins de 15 ans », « traite des êtres humains à l’égard de mineur », a indiqué une source judiciaire.

Mis en examen, Jacques Bouthier a été placé en détention provisoire.

Il est également poursuivi pour « association de malfaiteurs en vue de commettre le crime d’enlèvement et séquestration en bande organisée ». La justice soupçonne l’ex-patron d’Assu 2000 d’avoir monté une équipe afin de récupérer la vidéo le compromettant et étouffer l’affaire.

L’enquête a été confiée à la Brigade de protection des mineurs de la police judicaire (PJ) parisienne.

Selon les informations de France Inter, six autres victimes présumées ont également été identifiées. Elles présentent des profils similaires : résidant dans des squats ou en foyer, en rupture avec leur famille, désœuvrées.

Cinq autres personnes ont été interpellées, mises en examen et placées en détention provisoire, a-t-on appris de source judiciaire. Parmi elles, l’épouse de Jacques Bouthier, mais aussi un ancien membre du GIGN.

L’enquête se poursuit, et pourrait donner lieu à de nouvelles interpellations.

D’après franceinfo, Jacques Bouthier n’a pas reconnu les faits devant les enquêteurs, dénonçant un « piège » destiné à le faire chanter.

L’affaire l’a néanmoins contraint à renoncer à ses fonctions. « Le groupe prend acte de l’annonce de la démission de Jacques Bouthier de son mandat de président, et de toutes ses activités et responsabilités au sein de l’entreprise », a indiqué mardi Vilavi dans un communiqué.

Un cadre assure que Jacques Bouthier était considéré par ses collaborateur comme un grand porc.

Selon ce dernier, son attitude était connue de tous, mais personne ne réagissait, car le groupe c’était lui, il dirigeait tout.

BFMTV a recueilli la parole de Khamisse, manager d’Assu 2000 à Tanger, au Maroc, jusqu’à sa démission en 2019. L’ancien cadre raconte comment le PDG profitait de ses visites au Maroc, une fois par trimestre, pour « faire son marché » parmi les jeunes employées. Âgées de 18 à 25 ans, souvent choisies parmi les plus précaires, celles-ci ne parlaient pas forcément bien français et craignaient pour leur emploi en cas de refus.

Par Mustapha Bouhaddar, pour Maghreb Canada Express, Vol. XX, N°06 , page 10, MOIS DE JUIN 2022 .

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