Maghreb : Des potentialités touristiques sous exploitées

Merveilleusement bénis par la nature, les pays du Maghreb sont des destinations touristiques non négligeables au niveau du continent africain, même si des déficits restent à combler pour un meilleur essor de ce domaine d’activité  perçu comme un véritable vecteur du développement local.

Première destination en Afrique et dans le top 30 des destinations mondiales,  le Maroc a tout pour séduire.  Après deux ans de vaches maigres en raison de la crise sanitaire mondiale, le royaume chérifien commence à retrouver ses touristes. Entre mai et juillet 2022, le Maroc a dépassé les 4 millions d’arrivées, soit une hausse de 1 % par rapport à la même période de 2019, selon les chiffres publiés par le ministère marocain du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire.

Marrakech (Maroc) . Photo : wikimedia

Le  nombre de touristes étrangers arrivés au Maroc durant le premier semestre de 2022 a quadruplé par rapport à la même période en 2021, et représente 63% du nombre d’arrivées enregistré en 2019. Les recettes en devises enregistrées au cours des cinq premiers mois de 2022, se sont élevées à 20 milliards de dirhams (MMDH), soit une augmentation de 173% par rapport à 2021, et un taux de récupération de 71% par rapport à 2019. 

Il reste que les atouts et les potentialités touristiques du Maroc ne sont pas suffisamment exploités particulièrement dans les provinces du sud où de nombreux sites touristiques sont peu valorisés, de l’avis même des responsables en charge du secteur du tourisme.

Figurant au Top 5 des pays d’Afrique du Nord les plus appréciés par les touristes, la Tunisie enregistre une nette reprise d’activité et le  retour des grands tour-opérateurs  et par ricochet  d’une large clientèle adepte des hôtels-clubs dont les formules tout compris, indique l’Office National du Tourisme Tunisien. Selon l’ONTT, la Tunisie est la 4e destination la plus vendue en France, 3e destination étrangère et 1ère destination hors Europe depuis mars dernier.

Plage tunisienne . Photo : wikimedia

A la traine, l’Algérie, plus grand pays d’Afrique, à une heure d’avion de l’Europe continentale,  peine à faire redécoller son tourisme en dépit de ses nombreuses potentialités en matière de diversité cultuelle, civilisationelle et historiques qui remontent à l’antiquité, ses atouts naturels dont une façade maritime de 1200 km, le grand sud  et ses vestiges, le tourisme de montagne en Kabylie, etc..

Un  potentiel indéniable  qui demeure mal exploité en l’absence de politique claire pour booster le secteur du tourisme en Algérie. « Nous avons passé notre temps à vénérer la beauté de nos paysages…»,  a admis à juste titre un ancien ministre du tourisme pour expliquer ce marasme.

Résultat : l’Algérie est pratiquement inexistante sur la carte touristique mondiale contrairement aux pays voisins, la Tunisie et  le Maroc avec  respectivement 8 millions et 10 millions de touristes étrangers chaque année.

Tamenrasset (Algérie) Photo : wikimedia

Outre les difficultés liées à l’obtention du visa (l’Algérie réclame un visa à au moins 191 pays dans le monde), l’Algérie dispose d’une offre hôtelière et de restauration très peu optimale. Ajouter à cela une  image d’insécurité et d’instabilité politique qui colle toujours à la réputation de l’Algérie.

Selon des experts, la négligence de ce secteur d’activité par les gouvernements successifs  est due  à la domination économique du pays dans les hydrocarbures. Le secteur pétrolier et gazier de l’Algérie représente 20 % de son PIB. Le tourisme, quant à lui, représente à peine 0,1 %.

Force touristique régionale dispersée

Avec toutes ses potentialités touristiques incontestables, le Maghreb aurait pu se doter d’une puissance régionale en la matière et aurait contribué à la naissance d’une forte communauté d’intérêts à l’échelle euro-africaine, note Mimoun Hallali dans son livre Du tourisme et de la géopolitique au Maghreb : le cas du Maroc. « La fructification communautaire des complémentarités socioéconomiques garanties par le bon voisinage aurait pu faire émerger une force régionale qui compterait dans le monde. Et le tourisme en serait le premier bénéficiaire. D’ailleurs, les quatre années qui ont suivi la signature, en 1989, du traité de l’Union du Maghreb arabe (UMA) ont fortement contribué à l’épanouissement du tourisme intermaghrébin. Plus de 5 millions de touristes ont franchi, dans un sens ou dans un autre, les frontières des trois pays qui forment le cœur du Maghreb (la Tunisie, l’Algérie et le Maroc), soit près de la moitié des visiteurs internationaux. Malheureusement, la persistance d’antagonismes sourds et de conflits artificiels a compliqué et complique encore la tâche aux planificateurs conscients du coût élevé de cette stagnation », conclut cet enseignant-chercheur à l’Institut supérieur international du tourisme de Tanger (Maroc).

Par Ahcene Tahraoui (*) pour Maghreb Canada Express , Vol. XX, N°11, Page 02, Édition de NOVEMBRE 2022.

(*) AU SUJET DE L’AUTEUR :

Natif d’Azazga, en Kabylie (Algérie), Ahcene Tahraoui a exercé dans les principaux quotidiens francophones algériens, Le Soir d’Algérie, Liberté et El Watan.  Ses premiers papiers, il les publie au journal Horizons en 1989 alors qu’il était encore étudiant à l’Institut des sciences de l’information et de la communication de l’université d’Alger

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