Vivre-ensemble : Les Anglais élisent un Anglo-indien comme PM… Mais de quoi je me mêle ?

En France on aime critiquer les Américains et les Anglais; les premiers avaient élu un noir comme  Président et les seconds un citoyen d’origine indienne comme Premier ministre (PM).

Or les Français devraient balayer d’abord devant leurs portes car c’est toujours facile de donner des leçons à autrui; Et pour cause : Il a fallu attendre de Gaulle pour que les femmes aient le droit de voter. En Turquie le droit de vote des femmes date du 5 décembre 1934, bien avant la France.

C’est à la veille des élections présidentielles de 1965 que  les Françaises mariées ont eu enfin le droit d’ouvrir sans restriction un compte bancaire, gérer leurs biens personnels, signer un chèque et travailler sans l’autorisation de leur mari.

Ce n’est pas étonnant que les Français aient élu Nicolas Sarkozy président de la République, alors que sa concurrente, largement plus diplômée et plus compétente méritait de passer à la tête de l’État. Les Français ne pouvaient pas supporter qu’une femme dirige la France.

Mais revenons à Rishi Sunak, le nouveau Premier ministre anglais d’origine indienne. Il est révolu le temps où les indiens faisait des courbettes devant les colons anglais.

Churchill surnommait avec mépris Gandhi de « fakir à moitié nu », parcourant les campagnes pour y prêcher la désobéissance et le retour aux valeurs traditionnelles. Régulièrement, il se réfugie dans son ashram, où il tisse le coton sur son rouet.

L’arrivée de Rishi Sunak à Downing Street marque une révolution dans le monde entier. C’est impensable de voir un  premier chef de gouvernement britannique non-blanc et de religion hindoue d’un Royaume-Uni qui a jadis dirigé l’Inde, une bonne partie de l’Afrique et au-delà.

La victoire de Rishi Sunak, le lundi 24 octobre 2022, est tombée au début de la fête hindoue de Diwali, le festival des lumières. Le Premier ministre indien Narendra Modi a adressé ses vœux au « pont vivant » que représentent les Britanniques d’origine indienne.

Dans le plus grand temple indien du quartier londonien de Neasden, l’ascension de Rishi Sunak était dans tous les esprits pour les festivités de Diwali. « C’est un grand jour pour la communauté indienne, mais au-delà c’est un moment où l’on peut regarder en arrière et se dire comment est-ce qu’on peut avancer en partant de là ?‘ », a expliqué Kirtan Patel, un analyste financier interrogé par l’AFP.

Anand Menon, politologue au King’s College de Londres, souligne l’importance du symbole que représente l’accession au pouvoir de Rishi Sunak. « Ce qui me rassure le plus », a-t-il noté sur la BBC, c’est « le peu de commentaires à ce sujet », « d’une certaine manière, c’est quelque chose que nous avons normalisé ». Pour autant, un Premier ministre à la peau mate semblait inimaginable il y a encore quelques années. Quand Rishi Sunak est né, en 1980, il n’y avait pas eu de députés noirs ou d’origine indienne depuis la Seconde Guerre mondiale. Ils étaient une poignée à avoir alors été élus dans les rangs du Parti travailliste. Mais les conservateurs n’en avaient toujours aucun quand Sunak a été diplômé de l’université d’Oxford en 2001.

À la fin des années 1960, nombreux sont ceux qui étaient sous l’influence de l’incendiaire conservateur Enoch Powell, qui mettait en garde contre une guerre civile raciale si l’immigration massive en provenance de l’ancien Empire se poursuivait. Les sondages indiquaient à l’époque qu’une majorité de Britanniques blancs étaient d’accord avec lui.

Aujourd’hui, selon Sunder Katwala, directeur du cercle de réflexion démographique British Future, « la plupart des gens en Grande-Bretagne disent maintenant, à juste titre, que les questions d’origine ethnique ou de religion du Premier ministre ne devraient avoir aucune importance ».

« Ils jugeront Sunak sur sa capacité à maîtriser le chaos à Westminster, mettre de l’ordre dans les finances publiques et de l’intégrité dans la politique », a-t-il déclaré, « mais il ne faut pas sous-estimer cet important changement social ».

Oui il faut juger une personne sur ses compétences et non sur sa race ou sa couleur de peau. En cela, les Anglais sont loin de ressembler aux Français qui prônent le grand remplacement à l’image de Zemmour.

« Soixante-dix ans plus tard, le racisme est souvent vu en France comme un objet lointain, étranger, obsolète, neutralisé –un colis suspect sous sa cloche, qui ne risque plus de nous faire du mal. C’est un monstre ancien que l’Histoire et la République, droits de l’Homme en étendard, ont terrassé il y a longtemps sur le territoire national. Pourquoi donc remuer la boue du passé, agiter les ombres de la mémoire? Qu’on nous laisse, Français, aller de l’avant, progresser la conscience claire. Voudrait-on nous diviser? Saper les piliers d’une société déjà affligée de mille et une fractures en y distillant le poison du communautarisme? » James Baldwin

Souhaitons bonne chance à Rishi Sunak, les Anglais ont bien fait de donner  leur confiance à un homme aussi brillant.

Par Mustapha Bouhaddar pour Maghreb Canada Express , Vol. XX, N°11, Page 03, Édition de NOVEMBRE 2022.

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