Correspondance du Maroc par Abderrazaq MIHAMOU

Le football est parfois un théâtre cruel où la fête la plus grandiose peut se transformer, en l’espace de quelques secondes, en un silence assourdissant. Hier soir, le stade Moulay Abdellah était une mer rouge et verte, un volcan d’espoir prêt à entrer en éruption. Mais au coup de sifflet final, après 120 minutes d’une intensité irrespirable, ce sont les larmes qui ont coulé. Le Maroc est tombé, et avec lui, le cœur de tout un peuple.

La fête gâchée

Tout était prêt pour une nuit historique. Les chants résonnaient bien avant le coup d’envoi, et l’ambiance dans les tribunes laissait présager une communion nationale. Pourtant, le destin en a décidé autrement. Ce qui devait être une célébration du football africain est devenu une épreuve de nerfs.

Au fur et à mesure que les minutes s’égrenaient, la tension est montée d’un cran. Le public, d’abord vibrant, a fini par s’étouffer dans une angoisse palpable. La défaite est amère, non seulement par le score, mais par le sentiment d’une fête qui a été littéralement « gâchée » par le scénario du match.

Le tournant : le «raté» de Díaz

On jouait un moment clé du match quand le Maroc a obtenu ce penalty salvateur. Le stade s’est levé comme un seul homme. C’était la balle de match, l’occasion de « tuer » la partie et d’envoyer les Lions de l’Atlas au sommet.

Mais alors que tout le monde attendait le filet trembler, Brahim Díaz a commis ce que les observateurs qualifient déjà de « grande bêtise ». Dans un excès de confiance ou une erreur de jugement fatale, son exécution a manqué de la lucidité nécessaire à ce niveau de compétition. Ce penalty manqué n’était pas seulement une occasion ratée ; c’était le basculement psychologique du match. Le Maroc, qui tenait le Sénégal à la gorge, a soudainement lâché prise, laissant les champions en titre reprendre leur souffle.

Bounou, le rempart solitaire

Si le Maroc a pu rêver jusqu’au bout, il le doit à un homme : Yassine Bounou. On dit souvent qu’un gardien peut gagner un match, mais hier soir, Bounou a fait plus que cela. Il a joué « tout seul » contre une équipe du Sénégal affamée.

Parade après parade, sortie aérienne après réflexe sur sa ligne, le portier marocain a repoussé l’échéance avec une classe mondiale. Il semblait être le seul capable de contenir la puissance de feu sénégalaise, alors que sa défense pliait sous l’impact. Voir Bounou se multiplier ainsi, tandis que le reste de l’équipe peinait à retrouver son second souffle, restera l’une des images les plus fortes et les plus tristes de cette soirée.

Le scandale sur le banc : un entraîneur au bord de la rupture

Le match a basculé dans l’irrationnel lors d’un incident qui fera date. Alors que l’arbitre confirmait le verdict d’un penalty, une scène surréaliste s’est produite sur le banc sénégalais. Dans un geste jugé « non sportif » par l’ensemble des commentateurs, l’entraîneur du Sénégal a demandé à ses joueurs de quitter le terrain en signe de protestation.

Ce moment de flottement, où le jeu a été interrompu par une volonté de défier l’autorité arbitrale, a ajouté une couche de chaos à un match déjà électrique. Ce comportement, indigne de l’enjeu, a terni l’image de la rencontre et a mis les nerfs des joueurs marocains à vif, augmentant une pression déjà insupportable.

L’épilogue : Mané, le sage dans la tempête

Les prolongations n’ont rien changé au tableau d’affichage, les deux équipes se rendant coup pour coup sans parvenir à faire la différence. Dans ce climat de fin du monde, où la violence verbale et la nervosité menaçaient de faire dégénérer la partie, le mérite revient au charisme d’un homme : Sadio Mané.

Alors que son entraîneur perdait son sang-froid et que ses coéquipiers étaient prêts à en découdre, Mané a agi en véritable leader. Il a su calmer les esprits, apaiser les tensions et ramener le calme nécessaire pour finir la rencontre. Sa présence a été le stabilisateur d’une équipe sénégalaise qui aurait pu s’effondrer nerveusement.

Une victoire au goût amer

Malgré les polémiques, malgré l’erreur de Díaz et le combat solitaire de Bounou, le résultat est là. Le Sénégal s’impose et, au regard de sa capacité à rester debout dans la tempête, c’est mérité. Les Sénégalais célèbrent, tandis que le Maroc pleure ses héros déchus.

Félicitations aux Lions de la Teranga pour leur qualification. Pour le Maroc, l’heure est au bilan : comment une telle domination a-t-elle pu s’évaporer ? Entre regrets éternels et fierté retrouvée, le chemin vers la rédemption sera long.

By AEF