Par Abderrahman El Fouladi (Sherbrooke, Canada)
« Feu d’artifice dans le ciel, sereinement sombre, des ennemis de l’unité territoriale du Maroc ! ’’ S’écrièrent les uns; en évoquant ce revirement diplomatique du Canada, reconnaissant officiellement le plan d’autonomie du Maroc pour le Sahara comme « base d’une solution mutuellement acceptable » et le qualifiant d’une ‘’initiative sérieuse et crédible en vue d’un règlement juste et durable du conflit ‘’ !
Ce fut suite à un entretien (téléphonique?) qu’a eu la ministre canadienne des Affaires Étrangères, l’honorable Anita Anand, le 28 avril 2026, avec son homologue marocain, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita.
Comment expliquer cette rupture du Canada avec sa position plutôt neutre face à ce conflit ‘’préfabriqué’’ qui perdure depuis un demi-siècle (et dont les principaux protagonistes sont le Maroc et l’Algérie, par polisario interposé) ?
Certains analystes voient en ce revirement un lien avec la fermeture du détroit d’Ormuz qui rend difficile, voire impossible, le ravitaillement du Canada en phosphates en provenance des pays du Golf : Adopter une position favorable à la thèse Marocaine, c’est s’assurer le ravitaillement en phosphates dont le Maroc est le leader incontesté pour les réserves et dont il est le premier exportateur mondial !
Ce serait pousser la caricature politique à l’extrême…
Certes ! Les relations entre Ottawa et Rabat sont historiquement axées sur la coopération économique (les échanges bilatéraux se chiffrent en milliards), l’éducation et la lutte contre le terrorisme. Force est de constater en effet, que ces relations, qui depuis leur établissement en 1962, ont abouti à :
- Un accord général de coopération économique visant à stimuler le commerce bilatéral. Cet accord fut conclu sous le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau (le 13 octobre 1981) et le cabinet de Maati Bouabid sous le règne de feu Hassan II ;
- Entrée en vigueur, le 1ier juillet 1998, de la convention fiscale visant à éviter les doubles impositions et à prévenir l’évasion fiscale en matière d’impôts sur le revenu. Cette convention fut conclue par les ministères des finances de l’administration de Jean Chrétien et du gouvernement d’Abderrahmane Youssoufi;
- La Signature, le 1ier mars 2013, de la Convention de sécurité sociale Canada-Maroc permettant la coordination des régimes de pensions et de retraite. Elle a été paraphée sous les gouvernements de Stephen Harper et de Abdel-Ilah Benkiran .
Mais il n’en demeure pas moins qu’un communiqué de ‘’Affaires mondiales Canada’’ lie explicitement cette décision aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, notamment la résolution 2797, et ce, tout en considérant que la proposition d’autonomie sous souveraineté marocaine, faite à l’ONU par le Maroc en 2007, s’inscrit dans la continuité d’un consensus international croissant (notamment au sein du G7) et de la dynamique onusienne… Plutôt que d’être une réaction directe aux menaces pesant sur l’approvisionnement de l’agriculture canadienne en phosphates, suite aux impacts de la guerre entre Les États-Unis, Israël et l’Iran.
Par ailleurs , le Canada n’est pas totalement éloigné de ce dossier et a même été impliqué directement sur le terrain, au sein de la MINURSO (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental) par le déploiement, entre avril 1991 et juin 1994, d’environ 120 observateurs militaires et membres des Forces armées canadiennes .
Cependant, en raison du manque de sérieux de certaines parties qui a conduit à l’enlisement du processus de paix, le gouvernement canadien a décidé de rapatrier tout son personnel militaire à la fin du mois de juin 1994 .
Quatre années plus tard, en 1998, le polisario fit parler de lui (pour la dernière fois ?) au Canada quand son représentant à Ottawa, Baba Mustafa Sayed (le frère d’El Ouali Mustafa Sayed) claqua la porte du mouvement séparatiste, demanda l’asile politique et affirma publiquement l’existence d’une dissidence interne. Ce départ représentait une contestation notable de l’orientation politique du mouvement depuis le Canada .