Recherche scientifique : Pourquoi la France n’a-t-elle pas eu son propre vaccin ?

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rechercheN’en déplaise aux politicards à deux sous, si la France n’est pas capable de fabriquer un vaccin, c’est parce qu’elle ne fait rien pour garder ses cerveaux spécialistes en la matière qui fuient à l’étranger.

La France se voit donc condamnée à vacciner sa propre population avec des vaccins étrangers… Un comble au pays de Pasteur !

Si elle avait mis au point son propre vaccin en même temps que les autres, la France n’aurait pas aujourd’hui un tel retard dans la vaccination de ses citoyens. Avoir son propre vaccin serait une belle réussite morale ainsi qu’un pas important sur la voie de l’indépendance stratégique et de la souveraineté industrielle, sanitaire et pharmaceutique. Cela aurait permis à la France de ne pas avoir à attendre l’arrivée des commandes et de pouvoir distribuer directement un vaccin déjà fabriqué sur place. Et probablement qu’avoir un vaccin français ferait reculer la défiance de ceux qui sont encore réticents.

Alors pourquoi un tel retard ? Pourquoi les deux leaders français – Sanofi et l’Institut Pasteur – n’ont-ils pas encore sorti leur propre vaccin? La première raison de ce retard tient à leur déclin global. En effet, la France est un pays qui décline sur le plan scientifique et technologique. En 2018, la France ne figure même pas parmi les neuf pays publiant le plus d’articles universitaires scientifiques et technologiques.

La fuite des cerveaux

Il est à souligner que Chine se classe en première position avec 528.000 articles parus sur l’année, soit 20 % de la production mondiale. Puis viennent les États-Unis (420.000 articles). Suivent l’Inde, l’Allemagne, le Japon, le Royaume-Uni, la Russie, l’Italie (pays voisin pourtant moins peuplé et moins riche que la France) et la Corée du Sud (16 millions d’habitants de moins que la France).

La France, avec 66 000 articles, se classe péniblement dixième. Elle ne consacre que 2,4 % de son PIB à la recherche scientifique, derrière les États-Unis (2,7%), l’Allemagne (2,9%), le Japon (3,5%) et la Corée du Sud (4,1%).

La faiblesse de la France dans la recherche n’est pas forcément due à une faiblesse de ses chercheurs. D’ailleurs, en consacrant encore moins d’argent à la recherche que la France (1,7 % du PIB), les Britanniques ont tout de même réussi à développer leur propre vaccin. Mais la France est victime d’un énorme problème de fuite des cerveaux. En France, on constate également que plus le diplôme est prestigieux, plus la mobilité internationale augmente. Ce sont donc les meilleurs qui partent. Les enquêtes «insertion» de la Conférence des grandes écoles indiquent une mobilité internationale en forte hausse en sortie d’école. En effet, 12% des diplômés de 2003 étaient en poste à l’étranger deux ans plus tard, contre 17% pour la promotion 2014.

D’autre part, et on ne saurait le répéter assez, la France a du mal à garder ses talents. Un certain nombre de jeunes chercheurs prometteurs s’exilent, car la lourdeur de la bureaucratie française, la difficulté à trouver un poste, la longue période de précarité, le manque de reconnaissance et la faiblesse de la rémunération constituent de puissants facteurs de démotivation.

Les États-Unis, l’Allemagne, la Suisse, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, voire la Chine, les Émirats ou Singapour offrent souvent de bien meilleures perspectives. Les choses ne vont pas forcément mieux pour les chercheurs français plus âgés et plus chevronnés. Face à l’impossibilité de continuer à exercer après l’âge de départ en retraite même si on le souhaite, au manque de moyens pour mener à bien certains projets et à un égalitarisme très hexagonal qui conduit à verser le même salaire aux meilleurs chercheurs qu’aux moins bons (pourtant dans le football, personne n’est choqué que les meilleurs joueurs soient mieux payés), le chercheur français aura besoin de beaucoup de patriotisme pour ne pas partir avec armes et bagages si on lui fait un pont d’or à l’étranger.

La France a de plus en plus besoin aussi d’une approche innovante pour faire face au taux de migration des chercheurs français qualifiés d’origine immigrée qui ne cesse d’augmenter, à cause de la discrimination.

En effet, pour être reconnu à sa juste valeur, un Français d’origine immigrée, doit travailler deux fois plus que son compatriote français de souche pour être reconnu.

Ces jeunes d’origine immigrée choisissent souvent l’exil, ils partent travailler dans d’autres pays où ils sont reconnus à leur juste valeur. Et c’est dommage pour la France qui les a formés et ne peut même pas profiter de leurs talents.

Et c’est hélas ainsi qu’incapable de mettre au point son propre vaccin, la France est obligée de le quémander à l’étranger… De quoi pousser Pasteur à se retourner dans sa tombe !

Par Mustapha Bouhaddar pour Maghreb Canada Express, Vol. XIX, N°03 , page 11 , Mars 2021