MAROC : Le gouvernement sous pression face à la flambée des prix

Comme on peut le lire dans les journaux français et internationaux, le royaume chérifien n’échappe pas à la tendance inflationniste qui touche les marchés mondiaux, et la contestation s’amplifie dans le pays. Les Marocains exprimant leur mécontentement sur les réseaux sociaux et dans des manifestations.

En effet, les céréales sont passés à 315 dollars (278 euros) /tonne, contre 290 dollars (256 euros) /tonne en 2021, soit une progression de 34 % par rapport à une année normale. Et d’ajouter qu’en raison des conditions géopolitiques et de l’augmentation des tarifs du fret, le prix d’un quintal de céréales sur le marché international atteint maintenant 340 dirhams (31 euros), alors qu’il était de 260 dirhams (24 euros) il y a un an, rapporte le média marocain.

Et dans ce contexte, pour maîtriser la hausse des prix, “l’État a adopté une série de mesures”, comme la suspension des droits de douane sur les importations de blé pour les périodes qui vont de février 2021 au 15 mai 2021 et de novembre 2021 à avril prochain rappelle le ministère de l’économie marocaine.

Sur une année normale, ces droits de douane s’élèvent à 550 millions de dirhams (51 millions d’euros), ce qui signifie que leur suspension entraîne des pertes du même montant, a relevé Fouzi Lekjaa, ajoutant que cette mesure à elle seule est désormais “insuffisante”.

Une récente hausse des prix du carburant et des produits alimentaires de base suscite la colère au Maroc, où des manifestations ont eu lieu dimanche contre le coût de la vie et en commémoration du mouvement de contestation dit du «?20 février?».

À Rabat, des dizaines de manifestants ont notamment dénoncé la «?vie chère?» ainsi que le «?despotisme et la corruption?».

Ils ont aussi appelé à la «?liberté, la dignité et la justice sociale?» et scandé d’autres slogans lancés lors du «?Mouvement du 20 février?» 2011, version marocaine du Printemps arabe qui réclamait des réformes, plus de démocratie et moins de corruption.

Des dizaines de personnes ont également manifesté à Casablanca (ouest) et à Tanger (nord), selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, en réponse à l’appel du «?Front social?», qui regroupe des partis d’opposition de gauche.

Après le rétablissement de la croissance économique en 2021 à un taux de 6,3?%, le gouvernement d’Aziz Akhannouch fait face à la colère de la rue en raison d’une hausse des prix.

Les autorités sont en outre confrontées à une grave sécheresse qui frappe le royaume alors que son économie est très tributaire du secteur agricole, premier contributeur au PIB, à hauteur de 14?%.

Accrochages sur un marché

Des partis d’opposition et des associations de défense des consommateurs ont récemment appelé le gouvernement à prendre des mesures urgentes pour protéger le pouvoir d’achat.

Face à la hausse des cours mondiaux, notamment le pétrole, le gaz et les denrées alimentaires, l’économie marocaine est mise à rude épreuve. Le gouvernement devra revoir ses priorités, pour sortir le royaume de l’impasse.

Le Maroc est durement touché par la conjoncture économique qui sévit actuellement dans le monde. Plusieurs facteurs expliquent cette situation, qui inquiète certains observateurs, rapporte le journal Les Inspirations Eco.

Le journal explique que le cours du pétrole Brent a dépassé la barre fatidique des 100 dollars (103,02 $) jeudi 24 février. Or, dans la loi de finances 2022, le gouvernement a tablé sur un baril de pétrole à 80 dollars. A 55 jours de son exécution, le baril est à 98,19 dollars, soit déjà plus de 18 dollars en plus, ce qui est une somme non négligeable qu’il va falloir trouver au plus vite.

Parallèlement, le royaume fait face à un renchérissement des coûts du transport, ce qui a entraîné des retards d’approvisionnement. A cela s’ajoutent les effets de la tension russo-ukrainienne. L’Ukraine, en effet, est l’un des fournisseurs stratégiques de blé au royaume, rappelle le quotidien. Une denrée d’importance, dont le Royaume a absolument besoin, avec la sécheresse qui se profile à l’horizon. Une hausse du prix du gaz naturel est aussi à craindre la suite de ces escalades. Le Maroc étant désormais un importateur net suite notamment à la fermeture du Gazoduc Maghreb Europe.

Pour y faire face, « le gouvernement doit tout mettre en œuvre pour que l’approvisionnement du pays à partir de l’étranger se fasse convenablement. Pour ce faire, il faut faire jouer les partenariats avec les pays producteurs qui sont proches », préconise entre autres, l’économiste Ahmed Azirar.

A l’origine de la colère, la baisse du pouvoir d’achat sur fond de hausse des prix des matières premières, en particulier des céréales et du pétrole.

Les manifestants dénoncent en parallèle les inégalités sociales grandissantes et la corruption de la classe dirigeante.

« L’État s’est engagé dans une lutte de pouvoir avec les hommes et les femmes marocains, il a impacté leurs moyens de subsistance. Nous demandons à l’État marocain de stopper cette politique impopulaire qui cible les poches des citoyens », Abderrazek Boughanbour, militant des droits de l’Homme.

L’anniversaire du Printemps arabe marocain

Cette manifestation visait aussi à commémorer l’anniversaire du « Mouvement du 20 février », l’équivalent du Printemps arabe marocain qui avait éclaté en 2011 pour réclamer plus de démocratie.

« Nous devons résister à la tyrannie et à la corruption. Il faut se débarrasser de cet État policier et construire une démocratie qui promeut dignité, la liberté, de l’égalité et de la justice sociale », souligne Abdelhamid Amine, leader du Front démocratique marocain.

Face à la hausse des prix de l’alimentation, l’État marocain a annoncé pour cette année une enveloppe de 3,8 milliards de dirhams (environ 350 millions d’euros) pour la subvention du prix de la farine, alors que le secteur agricole est durement impacté par la sécheresse.

Le Maroc fait de nouveau face à une crise économique très difficile, et il n’est pas le seul, car en France la hausse du pétrole fait du mal à tout le monde.

Avec la crise ukrainienne qui s’annonce, le monde entier se pose la même question : allons-nous vers une troisième guerre mondiale ?

Par Mustapha BOUHADDAR, pour Maghreb Canada Express, Vol. XX, N°03 , page 12, MARS 2022 .

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