Par Abderrazaq MIHAMOU pour Maghreb Canada Express

Le football mondial a officiellement changé d’époque. Les premières confrontations de la phase de groupes de la Coupe du Monde 2026 aux États-Unis, au Mexique et au Canada viennent de faire voler en éclats les vieilles certitudes cartésiennes du ballon rond. L’élargissement historique à 48 équipes, que les puristes accusaient de vouloir diluer le niveau de la compétition, a produit l’effet inverse : il a libéré une audace tactique et une décomplexion totale chez les nations dites secondaires.

La hiérarchie historique ne dicte plus les scores. Les « grands » ne font plus peur ; les « petits » ne se contentent plus de défendre. Bienvenue dans l’ère du football totalitaire, où le statut FIFA ne garantit plus le moindre point.

 Les séismes du premier tour : Des résultats historiques

Le tableau d’affichage des 24 premiers matchs de cette édition 2026 restera gravé comme le symbole de cette transition géopolitique du football. Des résultats ont particulièrement marqué les esprits.

L’Espagne piégée par l’héroïsme du Cap-Vert (0-0)

C’est, à ce jour, le choc le plus retentissant de ce début de tournoi. La Roja espagnole, récente championne d’Europe et prétendante naturelle au sacre mondial, a buté pendant 90 minutes sur un mur bleu. Pour leur toute première apparition de leur histoire dans une phase finale de Coupe du Monde, les Requins Bleus du Cap-Vert ont arraché un match nul héroïque (0-0). Portés par un gardien, Vozinha, en état de grâce et auteur d’arrêts fantastiques, les Capverdiens ont prouvé qu’une discipline de fer et un cœur immense pouvaient neutraliser le jeu de possession la plus sophistiquée des équipes de la planète.

Le réveil des Samouraïs

Le nul  Japon face aux Pays-Bas (2-2) est une déclaration de guerre tactique. Ce n’est plus une surprise, c’est une passation de pouvoir. Les Samouraïs Bleus n’ont pas seulement battu les Orange ; ils ont confisqué le concept de « football total » à ses inventeurs.

Côte d’Ivoire – Équateur : Le choc des impacts et le réalisme du foot africain.

Dans ce duel entre deux des nations les plus athlétiques du tournoi, la Côte d’Ivoire a pris le meilleur sur l’Équateur (1-0) au terme d’un combat d’une intensité physique rare. Ce match a illustré la nouvelle maturité des sélections africaine.

Belgique-Égypte et Arabie Saoudite-Uruguay : Les nuls de la peur

Pour l’Uruguay comme pour la Belgique, ne pas prendre les trois points face à des nations dites « inférieures » est une opération catastrophique. Dans ce format à 48 équipes, le moindre faux-pas peut transformer le troisième match de poule en un couperet précoce. Les favoris n’ont plus de marge, et le doute, lui, est déjà bien installé.

Portugal – RD Congo : La Seleção face au mur des Léopards

Le Portugal a frôlé la correctionnelle face à une équipe de la RD Congo transfigurée. Ce qui devait être une formalité pour les coéquipiers de Ronaldo s’est transformée en un calvaire tactique. Les Léopards ont imposé un défi athlétique total, brisant systématiquement les circuits de passes lusitaniens par un pressing médian dévastateur.

Ghana – Panama : La leçon de réalisme des « Canaleros »

Le Ghana pensait faire parler sa puissance et son pedigree, mais il s’est fracassé sur le pragmatisme froid du Panama. Dans un match que les Black Stars ont dominé territorialement, c’est la nation centraméricaine qui repart avec les trois points (1-0), signant l’une des performances les plus intelligentes de ce début de tournoi.

Corée du Sud – République Tchèque : L’éclair de Séoul foudroie la rigueur de Prague

Le duel du Groupe A a tourné à la démonstration de force pour une Corée du Sud chirurgicale, s’imposant (2-1) face à une République Tchèque pétrifiée par la vitesse adverse. Ce match a marqué le triomphe de la vivacité asiatique sur la structure européenne, confirmant que le football de transition est devenu l’arme absolue de ce Mondial.

Après ce premier bal de rencontres, les statistiques globales confirment une tendance lourde : sur 24 matchs disputés, on dénombre 15 victoires et 9 matchs nuls. Un taux de parité exceptionnel qui démontre la densité du football moderne.

 Si le football mondial ne respecte plus les hiérarchies poussiéreuses en ce début de Mondial 2026, c’est parce qu’un séisme de magnitude maximale a eu lieu quatre ans plus tôt au Qatar. En devenant la première nation africaine et arabe à se hisser dans le dernier carré d’une Coupe du Monde, le Maroc de 2022 n’a pas seulement écrit l’histoire : il a envoyé un manifeste universel à toutes les sélections historiquement condamnées au statut de figurants.

Le message des Lions de l’Atlas était limpide : Le talent n’est plus le monopole de l’Europe ou de l’Amérique du Sud ; l’organisation, la foi tactique et le courage peuvent terrasser n’importe quel géant.

En 2026, ce message a été reçu cinq sur cinq. Sauf, paradoxalement, par ceux qui étaient les plus proches pour l’entendre dont l’Algérie et la Tunisie.

By AEF