Par Abderrazaq Mihamou (Maroc)

Longtemps relégué au second plan dans une nation tout entière acquise à la rondelle, le soccer canadien vit une métamorphose accélérée. À deux points d’une qualification jamais atteinte en deux participations mondiales, l’équipe à la feuille d’érable s’apprête peut-être à entrer dans l’Histoire. Et le 24 juin 2026, cette histoire a bel et bien été écrite.

Au Canada, le mois de juin appartient traditionnellement à la finale de la Coupe Stanley, aux dernières glissades sur la glace et aux discussions de vestiaire sur le prochain repêchage. Cette année, pour la première fois peut-être avec une telle intensité, un autre sport s’invite dans la conversation nationale : le football. Et ce n’est pas un hasard de calendrier. C’est le résultat d’une trajectoire amorcée il y a plusieurs années et qui, à l’heure d’écrire ces lignes, est en train d’atteindre son point culminant.

Une nation de hockey à l’heure du ballon rond

Le constat sociologique est connu : au Canada, le hockey est une religion, le football une curiosité importée. Pourtant, depuis une décennie, les chiffres racontent une autre histoire. Affluences en hausse dans les stades de Major League Soccer, explosion du nombre de jeunes licenciés, exportation croissante de talents canadiens vers l’Europe — Bayern Munich, Lille, Trabzonspor, Augsbourg pour ne citer que quelques destinations récentes. Le football canadien ne se contente plus d’exister en marge : il structure, recrute, forme, et surtout, il commence à gagner.

Qatar 2022 : la déception qui a posé les bases

Le symbole de ce basculement reste paradoxalement un échec. En 2022, le Canada retrouvait la Coupe du monde après 36 ans d’absence, porté par une génération dorée emmenée par Alphonso Davies. Trois matches, trois défaites, une élimination dès le premier tour — mais aussi un premier but historique en Coupe du monde, inscrit après 68 secondes de jeu contre la Croatie, et la preuve qu’une équipe canadienne pouvait désormais rivaliser physiquement et techniquement avec l’élite mondiale. Le résultat fut sévère ; l’enseignement, fondateur.

2026 : l’hôte qui n’est pas venu pour faire de la figuration

Quatre ans plus tard, le décor a changé du tout au tout. Coorganisateur de la Coupe du monde aux côtés des États-Unis et du Mexique, le Canada n’arrive plus en simple participant : il joue à domicile, devant un public en pleine effervescence, avec une équipe qui a mûri match après match en sélection comme en club.

La démonstration a été immédiate. Après un match nul disputé 1-1 contre une solide équipe de Bosnie-Herzégovine, le Canada a livré l’une des performances les plus abouties de son histoire face au Qatar : victoire 6-0, 78 % de possession de balle, 31 tirs tentés contre 2 pour l’adversaire. Une masterclass collective, signée notamment par Jonathan David et Cyle Larin en attaque, soutenue par un milieu de terrain emmené par Stephen Eustaquio et Ismaël Koné, et verrouillée par une défense pilotée par Alistair Johnston et Moïse Bombito.

Résultat : 4 points en deux journées, la première place du Groupe B, et surtout une différence de buts de +6 qui plaçait le Canada en position de force absolue avant la dernière journée.

Le rendez-vous du 24 juin : l’Histoire se décide

Le 24 juin 2026, le Canada affrontait la Suisse pour l’épilogue du Groupe B. Sur le papier, la mathématique était limpide — un match nul suffirait probablement au Canada pour composter, pour la toute première fois de son histoire, son billet pour le tour suivant.

La rencontre s’est avérée captivante et équilibrée. Malgré un score final de 2-1 en faveur de la Suisse, le Canada a offert une deuxième mi-temps de très haute qualité, rivalisant d’égal à égal avec un adversaire coriace et structuré. Cette prestation démontre que l’équipe canadienne joue désormais dans la cour des grands, capable de tenir tête aux meilleures formations mondiales.

Au-delà du résultat, ce match a assuré une réussite majeure : le Canada finit en deuxième position de son groupe avec 4 points, ce qui lui permet de se qualifier pour le tour suivant. Une qualification historique qui couronne les efforts de plusieurs années de développement et qui projette l’équipe canadienne vers de nouveaux horizons en cette Coupe du monde 2026.

Un symbole qui dépasse le terrain

Avec cette qualification confirmée, le Canada n’ajoute pas simplement une ligne statistique à son palmarès. Il marque, après deux participations mondiales soldées par une élimination immédiate, la preuve tangible qu’un pays longtemps défini par sa glace et ses patinoires peut aussi, désormais, faire trembler une pelouse.

La qualification face à la Suisse, dans un match équilibré où les Canadiens ont montré leur capacité à s’adapter et à rivaliser à haut niveau, symbolise cette montée en puissance. Au pays du hockey, une autre passion est en train de naître sous les yeux d’une génération entière — et elle vient, cette semaine, d’obtenir sa première vraie consécration mondiale.

L’aventure continue pour le Canada. Le chemin vers les seize équipes est désormais assuré, et les questions se posent désormais sur la profondeur d’une course que nul n’imaginait possible il y a seulement quelques années.

By AEF