Québec / Charte des Valeurs : À notre charte… Prêts ? Partez chez vous !

Par Aladin Reskallah

OLYMPUS DIGITAL CAMERASi Corneille était encore parmi nous, il aurait peut-être réadapté sa tirade , comme suit, après que le PQ ait sorti de son chapeau le projet qui divise le Québec !

«Ô charte ô désespoir, ô stratégie électorale ennemie.

N’ai-je donc immigré que pour  cette infamie ?

Et n’ai-je tant espéré de la belle province.

Que pour voir en un jour flétrir tant de fleurs de lys ?» aurait dit Corneille qui n’est plus de ce monde !

Pourquoi une Charte des valeurs québécoises ? Y-a-t-il un problème de valeurs au Québec ? À part des anecdotes, y avait-il un malaise dans la société ? Est-ce que le projet s’est appuyé sur des données, des études, des chiffres, des éléments concrets ?

Le ministre Bernard Drainville lui-même a affirmé que la consultation publique qui a été effectuée n’était pas scientifique. C’est spécifiquement là où le bât blesse. Le projet ne se base sur aucun problème sérieux mais sur des rumeurs, des opinions que l’on pense saisir dans la société.

 Non, il est impossible que le Parti Québécois puisse réellement être de bonne foi avec cette proposition. Les soubassements doivent être forcément cherchés ailleurs. Comment espère-t-on faire passer un projet qui nous l’avons vu n’a pas de chance de passer le test des tribunaux et qui est inapplicable ? Le concept même de retrait possible de la part de certains établissements est illogique. Comment peut-on se retirer des valeurs communes d’une société ? Clairement, le PQ devait avoir quelque chose derrière la tête. Je ne vois pas autre chose qu’une volonté d’aller raviver la flamme nationale et d’aller titiller et flatter la fibre identitaire d’une certaine partie de la population. Pourquoi au juste ? Pour prévoir des élections automnales et tenter d’aller glaner difficilement un gouvernement majoritaire.

La décision d’aller en élections allait être prise lors du Conseil des ministres qui s’est tenu récemment à l’auberge du lac taureau. L’annonce était dans l’air. Cependant, Madame Marois a tranché. Pas d’élections pour le moment. Il faut dire que le gain espéré n’est pas si au rendez-vous que cela dans les sondages.  Les stratèges du Parti Québécois sont loin d’être stupides, personne ne veut aller de son plein gré à l’abattoir.

Il s’agissait d’un pari qui était somme toute bien pensé, aller faire sortir le vote sur un sujet viscéral, qui fait vibrer la corde de l’émotion, vote qu’il est difficile d’aller chercher en ces temps de cynisme politique. Seulement, cela aura été un coup d’épée dans l’eau. Un flop.

C’est extrêmement dommage pour le Québec. Si l’on regarde très rapidement ce qu’il se passe sur la planète, c’est ici que le climat social est le meilleur en ce qui concerne ces questions. Cela faisait en sorte que l’on attirait les immigrants les plus à même de venir contribuer à cette société plurielle qui vivait ensemble sans heurts et sans accrocs majeurs. Je ne parle même pas des répercussions sur ce qu’il se dit du Québec dans le reste du Canada et à l’étranger.

Ce projet a créé un débat certes utile mais qui n’a pas été amené de la bonne façon. En annonçant un projet d’interdiction des signes religieux, ceux qui les portent ont le risque de penser qu’on leur envoie le message qu’ils sont indésirables. L’argument énonçant qu’ils doivent s’adapter à leur société d’accueil et qu’ils sont chanceux d’avoir pu fuir la violence de leur pays d’origine ne tient bien évidemment pas la route car même si je ne suis bien-sûr pas  le premier à l’écrire il est important de le rappeler. Une grande partie des immigrés ne sont pas des réfugiés mais des immigrés économiques, venus contribuer par leurs connaissances et leurs compétences à la société québécoise. Également, certains citoyens qui ont décidé de porter des signes religieux ne sont même pas nés à l’étranger ou sont arrivés très jeunes. Ils sont donc des québécois et des canadiens à part entière. Mis à part les autochtones, qui peut prétendre qu’il n’est pas un enfant d’immigrés ?

J’ai bien peur que l’annonce de ce projet qui ne verra probablement pas d’aboutissement concret n’aille fait que créer des tensions inutiles dans une société qui vit paisiblement et qui a la chance de ne pas être en proie à des problèmes interethniques si l’on peut s’exprimer ainsi.

C’est un peu un coup de pied dans la fourmilière pour pas grand-chose. Il va maintenant être difficile de passer à travers ce débat qui risque de monter une partie de la population contre une autre partie inutilement.

Pourtant, tellement d’autres projets méritent plus d’attention, je tiens d’ailleurs à tirer mon chapeau au gouvernement pour l’annonce récente d’électrification des transports qui est très intéressante en termes de lutte pour la diminution des gaz à effet de serre. Clairement, le Québec avait d’autres chats à fouetter qu’une Charte des valeurs québécoises.

J’invite toutefois tout le monde à ne pas tomber dans cette dualité qui risque d’empoisonner le climat et à faire attention de ne pas aller jusqu’au point de non-retour.  La société québécoise n’a pas le même contexte sociologique ni historique que les pays européens ou encore l’Australie par exemple.

J’espère que nous passerons au travers.