ENFANTS-SOLDATS : L’impossible retour

C’est le titre d’un documentaire très intéressant sur les enfants nés de père ou de mère de nationalité française enrôlés en Syrie par les terroristes de Daech.

Enfant-soldat (Photo : DR)

La télévision française BFM a diffusé ce documentaire inédit, réalisé par Fanny Morel et Noé Pignède; Un reportage en immersion dans les camps de l’Est syrien, et qui suit le quotidien des quelques 200 enfants détenus par les Kurdes, en attendant, dans des conditions précaires, leur rapatriement en France.

Tous ont (ou ont eu) des parents qui ont rejoint l’Etat islamique. Quelques-uns sont orphelins, d’autres sont accompagnés de leurs mères, une centaine de Françaises, toutes sous mandat d’arrêt international pour avoir rejoint une organisation terroriste . Ce rapatriement des jeunes Français détenus en Syrie est encore un sujet très sensible pour le gouvernement aujourd’hui. La coréalisatrice Fanny Morel n’a pas obtenu de réponse de l’Elysée à ses demandes d’entretiens.

Cette question est pourtant très importante à aborder aujourd’hui selon elle. « Il s’agit d’abord d’une question humanitaire, il y a quand même 61 enfants qui sont morts entre janvier et septembre 2021 dans les camps du nord-est syrien », explique-t-elle sur Europe 1. « Et puis nous sommes à l’aube d’une élection présidentielle, nous savons que ce sujet divise au sein de la classe politique, et finalement il y a très peu de candidats qui se positionnent sur cette question de rapatriement. Nous avons le sentiment que ce sujet a été un peu mis sous le tapis »

Des conditions très précaires

Les journalistes ont pu rencontrer certains de ces enfants même si ce n’était pas facile de pénétrer dans ce camp de Roj avec des caméras. C’est ce que raconte la journaliste Fanny Morel : « C’est grâce à notre fixeur que nous avons eu l’autorisation d’entrer deux fois dans le camp de Roj, deux fois 1h30, escortés par une gradée kurde et sous certaines conditions. Nous avions interdiction de filmer les gardes à l’entrée, interdiction de filmer à l’intérieur des tentes des femmes et des enfants, et interdiction de donner quoi que ce soit à ces femmes à ces enfants qui sont retenus dans le camps ». Les enfants, âgés pour la majorité de moins de six ans, vivent dans des conditions très précaires.

Le quotidien français « La Croix » du 29/09/2021      raconte le parcours de ces enfants revenant de Syrie

« Dans son appartement de la banlieue parisienne, la petite Sara, cette enfant qui a eu la chance de quitter la Syrie et rentrer en France, tient à nous informer fièrement des résultats de sa dernière année scolaire. Un premier trimestre « moyen » puis un deuxième en tête de classe. Après ces présentations, la fillette déplie une grande carte du Proche-Orient sur la table du salon. Son Playmobil court le long d’un trait tracé à travers la Syrie. Un périple de plusieurs milliers de kilomètres couvert par l’écolière quand l’État islamique régnait sur la zone. Arrêt du jouet dans la région de Deir ez-Zor. « Ici, on était bien », commente l’écolière. « Mais c’est sans doute là que ta maman est morte », complète doucement Nouria. Rapatriée en France, Sara vit désormais chez cette tante. L’orpheline est l’une des 181 mineurs français revenus de l’enfer de Daech depuis 2016.

Et que la France s’efforce de réintégrer. Claire Paucher est juge des enfants au tribunal de Bobigny. Elle ne cache pas la difficulté de la tâche : « L’enjeu, c’est leur construction en tant que citoyens français, dans ce pays que leurs parents ont quitté pour lui faire la guerre. Le défi est de les inscrire dans notre histoire, sans stigmatisation ni obsession du passage à l’acte. On les renverrait sinon à cette identité de terroriste qu’ils n’ont pas à avoir. Eux n’ont rien demandé. » La distinction entre ces enfants et les intentions de leurs parents ne tient pas toujours de l’évidence. Début 2018, le procureur de Paris François Molins, depuis nommé procureur général près la Cour de cassation, s’inquiétait de « ces petits qui sont peut-être des bombes à retardement ». Une crainte partagée par une partie de l’opinion publique, marquée par les attentats sanglants projetés depuis la zone irako-syrienne.

Retour chez Sara. « Nous ne sommes pas dans le déni, on sait qu’elle a vécu des horreurs là-bas et en a gardé des traumatismes, répète Nouria, sa tante. Mais elle ne doit pas porter le choix de sa mère toute sa vie. Elle doit grandir, rêver et s’épanouir. Comme n’importe quel enfant. Sans l’étiquette de djihadiste dans le dos. » Sur le canapé, sa nièce fait mine de ne pas entendre. Comme étrangère à l’histoire déroulée pendant des heures. Ou trop habituée à la voir contée, dans ce salon familial qu’elle veut tapisser de peintures et de dessins. Elle est là. Coincée au fond du gros canapé. Les yeux rivés sur le téléphone où défilent les dessins animés. »

Nombre d’enfants trainent encore dans les camps syriens, une grande partie n’a pas la chance de Sara pour rentrer en France. Ils ne mangent pas à leur faim et vivent dans le dénouement total.

Le gouvernement français rechigne à les rapatrier, il y a l’image de leurs parents enrôlés par Daech qui  leur colle à la peau, et pourtant ils n’ont pas choisi leurs parents, ni de naître en Syrie.

Ce ne sont que des enfants !

Par Mustapha Bouhaddar pour Maghreb Canada Express, Vol. XX, N°01 , page 14, JANVIER 2022

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