L’Afghanistan, vingt ans après : L’ingratitude de l’Occident ne date pas d’hier

Photo : DR (FLIKR.COM)

Parfois on suit les informations en croyant que certaines choses sont trop loin pour nous atteindre ou même nous effleurer.

Les gens ont les yeux rivés sur la télévision ou leurs portables, ces informations ont un vernis d’irréalité mais rien n’est irréel.

Les Afghans ont vécu toute une époque jadis avec les talibans avec le fantôme d’une vie qu’ils ne veulent plus vivre.

Il est révolu le temps où les talibans roulaient à mobylette, ils maitrisent désormais les réseaux sociaux, et ont eu le temps de se doter de forces spéciales. Ils sont dorénavant pour un gouvernement islamique « inclusif et ouvert », ils négocient avec les Américains et ont séduit la Chine et la Russie.

Pourtant, les Afghans désespérés courent derrière les avions américains pour échapper à ces talibans. Les pauvres Afghans savent que les talibans n’ont jamais abdiqué, et comptent soumettre la société à la pratique la plus rigoriste de l’Islam. Plus de travail pour les femmes, forcément voilées, plus d’école pour les filles au-delà de 12 ans, plus de musique, de cinéma, ni de liberté de pensée et d’expression pour personne.

L’Amérique de Trump et de Biden a pourtant décidé de laisser les clés du pays aux talibans, et l’Europe a laissé faire, elle a laissé faire, et a retiré ses troupes dès 2012.

Les Afghans étaient condamnés depuis des semaines, mais la Maison Blanche n’imaginait pas devoir donner aussi vite le trousseau aux talibans.

D’après le « Canard Enchainé » du 18 aout 2021, « En 2001, le Renseignement américain avait été mis en cause pour n’avoir pu prévenir l’attentat des tours jumelles. Vingt ans après, ses analyses sont toujours pitoyables. Biden lui-même s’y est laissé prendre, lui qui, le 8 juillet, assurait : « En aucun cas vous ne verrez des gens être évacués du toit d’une ambassade ».

Les talibans vont-ils prendre le pouvoir ?

« Les talibans ne pourront pas se maintenir éternellement au pouvoir » en Afghanistan estime, le 21 août sur France info, le géo-politologue Pascal Boniface, fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). « La répression sera facile à mettre en place, mais ce n’est pas comme ça qu’on gère un pays, juge-t-il. Ce pays va souffrir. Les talibans peuvent quand même durer quelques temps et c’est bien sûr la population afghane et surtout les femmes qui vont en faire les frais. »

Pascal Boniface pense toutefois « qu’il n’y avait pas d’autre issue » que l’arrivée des talibans au pouvoir sinon la guerre « aurait pu continuer sans fin« , mais que les conditions du retrait des troupes américaines et d’évacuation de ceux qui ont travaillé pour les Occidentaux auraient dû être anticipées.

En tout cas, nul n’est dupe, les faits parlent d’eux-mêmes. Il y a des Hazaras qui ont été tués, des femmes qui sont empêchées de se déplacer, il y a une volonté de ne pas permettre à ceux qui veulent partir de pouvoir le faire librement. On voit bien que derrière un discours modéré et policé, les talibans sont restés les mêmes. Le système répressif se met en place petit à petit. Ce qui a changé, c’est qu’il y a quand même beaucoup plus de femmes qui sont allées à l’université, qui veulent se faire entendre et que la société a bien changé depuis 20 ans. On peut dire que les difficultés vont commencer désormais pour les talibans, qui doivent assumer le pouvoir.

D’après Pascal Boniface, la France va essayer de ne pas perdre la face, elle doit permettre à tous ceux qui ont travaillé pour elle d’y trouver refuge. Sauf, que pour le moment, il n’y a eu que quatre avions. On s’en félicite, mais il est difficile de parler d’un pont aérien entre Kaboul, les Emirats, et la France. Il ne faut pas se faire trop d’illusions sur notre poids par rapport à cela. Nous avions quitté l’Afghanistan en 2014, ce qui était d’ailleurs une décision qui apparaît encore plus pertinente aujourd’hui. Certes, la France est un membre important de l’Otan et a des capacités militaires, mais honnêtement, ce sont l’ensemble des pays occidentaux qui sont impuissants par rapport à ce qui se passe aujourd’hui en Afghanistan.

La France va-t-elle accueillir vraiment ces pauvres réfugiés afghans ? J’en doute, l’Europe toute entière a décidé de verrouiller ses portes. Et Macron a déclaré récemment (c’est lui qui souligne) : « Nous devons nous protéger contre des flux migratoires, irréguliers, importants, qui mettraient en danger ceux qui les empruntent et nourriraient les trafics de toute nature. »

En année électorale, en France comme en Allemagne, pas question de nourrir l’extrême-droite en tendant la main aux Afghans abandonnés. L’ingratitude de l’Occident ne date pas d’hier, et c’est difficile en ce moment d’être un Afghan à Kaboul, pire être une femme afghane.

Par Mustapha Bouhaddar pour Maghreb Canada Express, Vol. XIX, N°09 , page 06 , Septembre 2021

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