Fossé entre les aspirations de la femme migrante marocaine et les inégalités de genre

Le “Troisième forum international sur la migration” a vu son ouverture coincider avec la journée mondiale de la femme ; Une occasion pour s’arrêter sur le bilan des avancées sur les droits féminins acquis et pour débattre sur les perspectives d’avenir de la femme migrante.

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Par Wassila Benkirane , Doctorante en Sciences Sociales, Université hassan2 Casablanca (Maroc)

Ces journées d’étude, ayant pour thème cette année  » La femme migrante : pour un avenir meilleur  » se caractérisent par une forte participation d’intervenants et d’intervenantes de plusieurs pays comme la France, l’Italie et l’Espagne, et ce pour cerner la question de la migration des femmes marocaines aux principaux pays de réception les plus proches de l’autre rive de la Méditerranée.
Les interventions ont traité davantage l’émigration du Maroc aux pays de réception suivants : la France, l’Italie et l’Espagne.
D’après les communications, les facteurs de la migration sont multiples, à savoir : l’amélioration de la situation financière, l’ascension sociale ou l’émancipation culturelle.
Tous ces facteurs ont comme point commun l’aspiration à un avenir meilleur comme dans le slogan  » La femme migrante : pour un avenir meilleur « .
Cependant, l’immigration féminine dans ces pays européens se caractérise par la féminisation de la pauvreté de la même manière que la précarité dans le pays d’origine, puisque ces femmes émigrent avec des lacunes linguistiques et des manques d’expérience et de formation à l’exception d’une minorité.
DISCRIMINATION MULTIPLE
La femme migrante dans les pays de réception antérieurement cités subit une double discrimination ; une discrimination sociale à cause de son statut et une seconde discrimination de genre.
Le terme  » inégalité  » est le mot le plus répété dans toutes les interventions pour qualifier l’ensemble des injustices de genre subies par les femmes immigrées.
A cela s’ajoute les inégalités engendrées par la globalisation qui obéit à la logique néolibérale ; dans le sens de la liberté de la circulation des capitaux et non pas la libre circulation des êtres humains.
En plus du transnationalisme,  la polarisation des inégalités s’accentue entre les pays du nord et ceux du sud à cause des déficits économiques, et les femmes restent les plus vulnérables face à la traite des femmes et l’élargissement d’une main d’œuvre dépourvue de droits.
On assiste ainsi au nouveau phénomène de l’esclavage moderne à cause des bateaux des  » ténèbres  » ; les femmes optent de plus en plus à émigrer clandestinement pour une vie meilleure mais le mirage du paradis européen se termine souvent par des tragédies humaines dans ces  » barques de la mort  » avant l’arrivée à destination, ou elles sont déçues par leur nouvelle situation socioéconomique qui ne correspond pas à leur aspiration.
La femme qui immigre sans papiers est triplement discriminée puisqu’elle est sujette à plus de risques et moins de droits à cause de sa situation migratoire illégale.
Les associations bénévoles et les activistes des droits humains dans les pays de réception montrent leur solidarité et leur protection pour la femme migrante légale ou illégale. Et malgré la vision victimaire ou la stigmatisation de la femme migrantedans les travaux subalternes, celles-ci sont des femmes  » agissantes  » qui cherchent à affirmer leur autonomie.
Certes, la femme migrante légale a plus de droits puisque le code du travail dans le pays de réception reconnait une égalité de genre dans l’emploi. En plus, la législation marocaine lui a accordé plus de droits grâce au nouveau code de la nationalité qui lui permet de transmettre sa nationalité à ses enfants, sans oublier le nouveau code de la famille qui a aboli les discriminations de genre.
NOUVELLE FORME D’IMMIGRATION FÉMININE
Une nouvelle forme d’immigration temporaire a été soulevée qui est celle des femmes marocaines qui immigrent pour un contrat de durée déterminée en Espagne pour la saison de récoltes des fruits.
Cette nouvelle forme d’immigration féminine à courte durée (environ trois mois) n’est pas une mesure de  » discrimination positive  » en faveur des femmes, mais une mesure de contrôle du retour de ces femmes puisqu’on ne sélectionne que les femmes rurales et mariées avec des enfants afin de  garantir le retour au pays d’origine, contrairement à l’homme qui pourrait laisser sa famille définitivement et opter pour une immigration de longue durée.
Certains intervenants et intervenantes ont traité la vie sociale de la femme migrante face à l’acculturation dans le pays de réception. Certaines femmes assimilent la culture d’origine pour mieux s’intégrer, d’autres femmes imposent leur propre vision de la société à travers la résistance culturelle ; et comme modèle de résistance, elles défendent le port du voile et transmettent la culture d’origine à ses enfants.
VERS UNE MIGRATION AUTONOME
En définitive, la migration féminine qui était au début une mobilité de subordination masculine (le cas des femmes qui émigrent dans le cadre du regroupement familial), elle devient de plus en plus une migration autonome en vue d’améliorer sa condition de vie économique, sociale ou culturelle.
Lors du débat, les immigrés d’origine africaine ont tenu à soulever la problématique de la migration sud-sud avec la montée croissante des immigrés des pays confrères comme le Sénégal, et l’enjeu géographique du Maroc comme pays de transit vers d’autres pays de réception. L’audience a par ailleurs traité la migration Maroc-Canada qui a des traits de caractère différents de la migration Sud-Nord traditionnelle, puisque celle-ci est plus sélective et ne soulève pas la dimension exponentielle de la féminisation de la pauvreté comme dans les pays de réception les plus proches du Maroc.

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